Supergirl signe son grand retour au cinéma dans un nouveau film réalisé par Craig Gillespie, avec Milly Alcock dans le rôle de Kara Zor-El. Selon la critique du Figaro, ce space opera pop-rock relance avec panache une héroïne longtemps restée dans l’ombre de Superman. Un enjeu stratégique pour James Gunn, Warner Bros. et le nouvel univers DC.
Longtemps restée dans l’ombre de son illustre cousin Superman, Supergirl tente aujourd’hui un retour en force sur grand écran. Selon la critique publiée par Le Figaro, le nouveau film consacré à Kara Zor-El prend la forme d’un space opera pop-rock ambitieux, pensé pour redonner toute sa place à une héroïne qui n’a jamais vraiment bénéficié, au cinéma, du statut qu’elle occupe dans l’imaginaire des lecteurs de comics.
Le projet est d’autant plus scruté qu’il arrive dans une période charnière pour DC Comics et Warner Bros.. Depuis la relance de l’univers DC sous l’impulsion de James Gunn, chaque nouvelle sortie est examinée comme un indicateur de la direction artistique et stratégique du studio. Après avoir remis Superman au centre du jeu, le patron créatif du DCU s’attaque à un personnage plus délicat à imposer au cinéma : une super-héroïne à l’héritage immense, mais à la réputation cinématographique fragile.
Car Supergirl n’arrive pas en terrain vierge. Le précédent grand souvenir de cinéma remonte à 1984, avec le film réalisé par le Français Jeannot Szwarc et porté par Helen Slater. Une œuvre souvent décrite comme sympathique, mais inaboutie, qui n’avait pas permis d’installer durablement le personnage sur grand écran. Plus de quarante ans plus tard, l’enjeu est donc double : réparer une mémoire de cinéma contrariée et prouver que Kara Zor-El peut exister autrement que comme simple extension féminine de Superman.
Dans cette nouvelle version, c’est Milly Alcock qui incarne Kara Zor-El, alias Supergirl. L’actrice australienne se retrouve ainsi propulsée au cœur d’une franchise internationale ultra-exposée, dans un rôle qui demande autant de puissance iconique que de nuances. Le personnage n’est pas seulement “la cousine de Superman” : elle porte avec elle un imaginaire de déracinement, de puissance, de solitude et de responsabilité qui peut offrir une matière dramatique très riche.
Le choix de Milly Alcock s’inscrit dans une volonté de redonner une énergie neuve à cette figure DC. Le cinéma de super-héros a changé : le public attend désormais des personnages plus incarnés, moins figés dans l’archétype, capables d’alterner moments spectaculaires et fragilités plus intimes. Même lorsqu’il s’agit d’un blockbuster à très gros budget, la crédibilité repose de plus en plus sur la capacité de l’interprète à rendre le super-héros humain.
La critique du Figaro souligne notamment que le réalisateur Craig Gillespie “rend parfaitement justice” à cette super-héroïne créée en 1959 par Jerry Siegel et Joe Shuster. Une formule qui en dit long sur l’objectif du film : ne pas simplement remettre Supergirl à l’écran, mais lui offrir un vrai territoire de cinéma, distinct de celui de Superman, avec sa propre couleur, son propre rythme et sa propre identité.
Pour mener cette résurrection, James Gunn et Warner Bros. ont confié la réalisation à Craig Gillespie, cinéaste australien connu notamment pour Moi, Tonya et Cruella. Ce choix n’est pas anodin. Gillespie a déjà prouvé son goût pour les personnages féminins au tempérament affirmé, les trajectoires marginales et les récits où le style visuel compte presque autant que le récit lui-même.
Avec Cruella, il avait exploré un univers exubérant, très mode, très musical, où la mise en scène participait directement à la construction d’un personnage iconique. Avec Moi, Tonya, il avait abordé une figure controversée en mêlant énergie, ironie, violence sociale et regard empathique. Appliqué à Supergirl, ce savoir-faire peut expliquer l’orientation décrite comme pop-rock : un ton plus électrique, plus stylisé, moins solennel que certaines productions super-héroïques traditionnelles.
Le terme de space opera est également important. Il place le film du côté de l’aventure cosmique, des mondes lointains et de l’imaginaire de science-fiction. Supergirl, par son origine kryptonienne, se prête naturellement à ce type de récit. Là où Superman est souvent associé à la Terre, à Metropolis, au journalisme et à l’Amérique mythologique, Kara peut ouvrir d’autres perspectives : l’exil, la mémoire d’un monde disparu, la traversée de l’espace et la construction d’une identité loin de ses origines.
Le retour de Supergirl s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus vaste. Depuis plusieurs années, Warner Bros. cherche à redonner une cohérence à ses adaptations DC, après des périodes de flottement, de reboots et de changements de cap. L’arrivée de James Gunn comme architecte du nouvel univers DC a marqué un tournant majeur. Connu pour son travail sur Les Gardiens de la galaxie, il a imposé un style associant émotion, humour, sens du groupe et goût pour les personnages cabossés.
Dans ce contexte, confier une place importante à Supergirl relève d’un geste stratégique. Le personnage bénéficie d’une notoriété solide chez les fans de comics, mais son aura auprès du grand public reste plus incertaine que celle de Superman, Batman ou Wonder Woman. Le film représente donc un pari financier et créatif considérable. D’après les éléments rapportés par Le Figaro, le budget serait estimé à 170 millions de dollars, un niveau qui confirme l’ambition du projet.
Un tel investissement suppose une attente forte au box-office, mais aussi en matière d’image. Pour DC, réussir Supergirl, ce n’est pas seulement lancer un film de plus : c’est prouver que l’univers peut s’étendre avec des personnages moins évidents, sans se reposer uniquement sur ses piliers historiques. C’est aussi montrer que les super-héroïnes peuvent porter des blockbusters à grande échelle lorsque l’écriture, la mise en scène et le casting leur donnent une véritable singularité.
Supergirl apparaît dans l’univers DC à la fin des années 1950, sous l’impulsion de Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman. Dès l’origine, le personnage possède une force symbolique évidente : elle prolonge le mythe kryptonien tout en introduisant un point de vue différent, celui d’une jeune femme confrontée à un héritage écrasant.
Pourtant, au fil des décennies, Kara Zor-El a souvent été perçue comme un personnage secondaire dans la galaxie DC. Son lien familial avec Superman a constitué à la fois un atout et un piège. Atout, car il l’inscrit immédiatement dans l’une des mythologies les plus puissantes de la pop culture. Piège, car cette proximité peut réduire son identité propre si le récit ne prend pas soin de la distinguer.
Le nouveau film semble précisément vouloir corriger cette perception. En parlant d’une héroïne oubliée, la critique du Figaro pointe un paradoxe : Supergirl est célèbre, mais elle n’a pas encore trouvé, au cinéma, l’œuvre qui pourrait définitivement l’imposer auprès du public contemporain. Le défi consiste donc à transformer une figure connue en véritable événement de cinéma.
Impossible d’évoquer le retour de Supergirl sans revenir sur le film de 1984. Réalisé par Jeannot Szwarc, avec Helen Slater dans le rôle principal, ce long-métrage appartient à une époque où les films de super-héros cherchaient encore leur grammaire visuelle. Le genre n’avait pas encore connu l’industrialisation massive qui domine aujourd’hui Hollywood, et chaque tentative relevait presque de l’expérimentation.
Ce premier Supergirl conserve une forme de charme rétro, mais il n’a pas convaincu suffisamment pour installer une saga. Dans la mémoire collective, il reste souvent associé à une ambition contrariée : celle d’ouvrir un nouvel espace autour de l’univers de Superman, mais sans parvenir à transformer l’essai. Pour Warner Bros., cette histoire pèse forcément sur le nouveau projet. Revenir à Supergirl, c’est affronter une réputation difficile et accepter le risque de la comparaison.
Mais ce passé peut aussi devenir un moteur. Le public actuel est plus familier des récits de super-héros, plus ouvert aux héroïnes complexes et plus habitué aux univers connectés. Là où le film de 1984 semblait arriver trop tôt, le nouveau Supergirl bénéficie d’un terrain culturel bien plus favorable. Encore faut-il éviter l’effet de saturation qui touche parfois les blockbusters super-héroïques.
Pour les téléspectateurs et les amateurs de séries, Supergirl n’est pas seulement une héroïne de cinéma ou de comics. Le personnage a aussi vécu à travers des adaptations télévisées qui ont contribué à le maintenir dans le paysage populaire. Cette présence sur le petit écran a façonné une partie de l’attente autour du nouveau film, en particulier chez un public habitué à voir les super-héros évoluer sur plusieurs formats.
Le retour au cinéma change toutefois l’échelle. Un long-métrage doté d’un gros budget permet d’explorer une dimension plus spectaculaire, notamment dans l’espace, les décors numériques, les scènes d’action et l’ampleur visuelle. Mais il impose aussi une exigence de concision : là où une série peut développer progressivement les dilemmes d’un personnage, un film doit convaincre vite, installer son univers et marquer les esprits en quelques actes.
C’est là que l’angle pop-rock peut jouer un rôle décisif. Dans un paysage saturé de franchises, l’identité sonore, visuelle et émotionnelle devient essentielle. Un film de super-héros ne peut plus se contenter d’aligner les affrontements et les effets spéciaux. Il doit proposer une personnalité immédiatement reconnaissable. D’après les premiers éléments de critique disponibles, Craig Gillespie semble avoir cherché cette différence plutôt que de reproduire mécaniquement les codes déjà établis.
Au-delà du seul cas Supergirl, ce film interroge aussi la place des héroïnes dans les grandes franchises. Ces dernières années, Hollywood a multiplié les tentatives pour élargir ses figures centrales, avec des résultats contrastés selon les projets. Le public ne rejette pas les personnages féminins puissants ; il se montre en revanche exigeant sur la qualité de l’écriture, la sincérité du point de vue et la cohérence de l’univers proposé.
Kara Zor-El a l’avantage d’être liée à une mythologie extrêmement forte, mais elle doit exister par elle-même. Son intérêt ne peut pas seulement reposer sur la comparaison avec Superman. Pour fonctionner pleinement, Supergirl doit porter ses propres conflits, son propre humour, sa propre mélancolie et sa propre énergie. C’est précisément ce que laisse entendre l’expression de space opera pop-rock réussi employée dans la critique source : un film qui aurait compris la nécessité de donner à l’héroïne une signature singulière.
Reste désormais à voir comment le public accueillera cette nouvelle version. Entre curiosité des fans DC, intérêt pour Milly Alcock, attentes autour de James Gunn et fascination toujours intacte pour les grandes figures super-héroïques, Supergirl bénéficie d’une visibilité importante. Mais cette visibilité s’accompagne d’une pression considérable. Pour Kara Zor-El, le plus dur n’est peut-être pas de voler : c’est de s’imposer durablement comme une héroïne incontournable du nouvel âge DC.